OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Un corridor humanitaire de données ouvertes http://owni.fr/2011/08/28/un-corridor-humanitaire-de-donnees-ouvertes/ http://owni.fr/2011/08/28/un-corridor-humanitaire-de-donnees-ouvertes/#comments Sun, 28 Aug 2011 09:30:05 +0000 aKa (Framasoft) http://owni.fr/?p=77116 Cet article est la traduction d’un entretien réalisé par Jason Hibbets, et paru le 18 juillet sur OpenSource.com. Sauf mention contraire tous les liens de cet article sont en anglais.

À la rencontre SouthEast LinuxFest qui s’est tenue au début de l’année, j’ai appris l’existence du projet humanitaire OpenStreetMap à l’occasion d’une conférence donnée par Leslie Hawthorn sur les outils gratuits et libres destinés à l’action humanitaire.

HOT (Humanitarian OpenStreetMap Team, Ndlr) reprend les principes de l’open source et du partage libre de données pour l’aide humanitaire et le développement économique, en tirant parti des efforts de OpenstreetMap. Kate Chapman est directrice du projet. Son rôle est de mettre en place l’organisation mais aussi la contribution aux projets. Elle travaille pour lever des fonds, exécuter les tâches administratives, gérer le budget, et enfin aller sur le terrain pour y tenir des ateliers. Kate nous en a dit plus sur le projet HOT dans l’interview ci-dessous.

Quelle est la mission de l’équipe humanitaire OpenstreetMap ?

HOT croit que des données géographiques libres et à jour peuvent être indispensables pour réagir face à un désastre. Donc nous aidons des communautés et des intervenants d’urgence qui d’une part utilisent les données d’OpenStreetMap et d’autre part contribuent en même temps au projet.

Quel a été l’impact du projet humanitaire OpenStreetMap sur des régions atteintes par un désastre (par exemple en Haïti ou en Côte d’Ivoire) ?

HOT a joué un rôle actif en Haïti, que ce soit à distance ou sur place par l’intermédiaire de missions. La communauté du projet OpenStreetMap a commencé par rechercher des images satellite et collecter des données issues de vieilles cartes pour mettre à jour la carte d’Haïti après le tremblement de terre. Puis à partir de mars 2010, nos équipes ont commencé à se rendre en Haïti pour former directement les gens à la mise à jour d’OpenStreetMap et à son utilisation. Ainsi, la communauté OpenStreet Map d’Haïti (COSMHA) s’est développée et poursuit le travail de cartographie de la région avec le soutien de HOT quand cela est nécessaire.

En Côte d’Ivoire, notre travail s’est fait entièrement à distance. Un de nos membres, Frederic Bonifas, a fourni la plus grosse contribution à l’effort de coordination pour ce projet. SPOT (une entreprise française de satellites) a joué un rôle vital en mettant à disposition sous licence libre des images que des personnes ont pu utiliser pour compléter les données d’OpenStreetMap.

Cependant, HOT n’existe pas que pour les cas d’urgence. On a commencé des travaux d’anticipation en Indonésie cette année. Jeff Hack et moi-même passons en ce moment deux mois en Indonésie pour tenir des ateliers dans des communautés et des universités. Nous espérons ainsi recueillir des informations détaillées sur les bâtiments et les utiliser pour mieux anticiper les scénarios catastrophes.

Quelles sont les technologies ou les autres défis qui se présentent à vous ?

Le problème des licences a été le plus gros défi pour HOT. Après un afflux d’images en provenance d’Haïti, les cartes d’OpenStreetMap ont pu être mises à jour sans problème. En cas de catastrophes, il est parfois difficile de réagir rapidement lorsqu’il n’y a pas d’images satellite ou d’autres types de données disponibles qui peuvent être utilisées avec OpenStreetMap.

Est-ce que vous avez la possibilité de faire équipe pour travailler en collaboration avec les gouvernements des zones concernées ?

La réponse à cette question est : quelques fois. Que ce soit en Haïti ou en Indonésie, nous avons formé des personnes travaillant pour le gouvernement. Nous allons également bientôt commencer un programme au Togo pour anticiper les catastrophes, celui-ci impliquera directement le gouvernement togolais.

Détaillez-nous les étapes de l’assistance fournie par votre organisation en cas de désastre. Par exemple, si un ouragan devait arriver sur la côte, comment est-ce que vous aideriez ?

Chaque catastrophe est unique. Typiquement après une catastrophe on commence en premier à faire l’état des données disponibles. Cela veut dire se mettre en contact avec les fournisseurs d’images satellite, répondre aux agences, et faire des recherches sur internet en général. Puis d’habitude on essaye de trouver quelqu’un qui est capable de coordonner les efforts humanitaires. Après nombre de cataclysmes on a de nouveaux bénévoles, des individus variés qui sont intéressés par l’utilisation des données, d’autres qui ont besoin d’aide, ce qui importe c’est de s’assurer qu’ils obtiennent ce dont ils ont besoin.

OpenStreetMap en général est une organisation avec une communauté très impliquée, et son développement HOT conserve ce même caractère. Mais ici nous réagissons à des urgences, c’est pourquoi nous nous coordonnons pour être sûr qu’une personne à la tête peut diriger les efforts.

Rejoignez-nous

La manière la plus simple de participer à HOT c’est d’abord d’apprendre à éditer les données dans OpenStreetMap. Souvent, le meilleur moyen de le faire est de commencer à cartographier votre propre quartier. Ce n’est pas difficile de se familiariser avec les outils de base. Pour avoir une participation plus active à HOT, le mieux est de s’abonner aux listes de diffusion. C’est là que se passent les discussions entre les personnes qui font quelque chose pour aider sur tel ou tel événement ainsi que les annonces générales.

Bonus Track

Chronique d’Emmanuelle Talon (La Matinale de Canal+ – 18 janvier 2010) évoquant OpenStreetMap au moment du tremblement de terre d’Haïti de 2010.


Billet initialement publié sur Framablog sous le titre L’Open Data au service du secours humanitaire grâce à l’équipe dédiée d’OpenStreetMap.

Traduction d’un article de Jason Hibbets intitulé Open data for humanitarian relief with the Humanitarian OpenStreetMap Team publié le 18 juillet 2011 sur OpenSource.com. (Traduction Framalang : Slystone, ZeHiro, Goofy, Padoup-padoup)

Illustrations Flickr CC PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales ethan.crowley Paternité puuikibeach

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Changement climatique: inégalité face aux risques http://owni.fr/2011/05/27/changement-climatique-inegalite-face-aux-risques/ http://owni.fr/2011/05/27/changement-climatique-inegalite-face-aux-risques/#comments Fri, 27 May 2011 13:19:34 +0000 Aïda Nciri http://owni.fr/?p=34989 Non seulement, les « pauvres » doivent mettre la main à la poche pour respecter des politiques environnementales mal conçues, mais ils doivent également se préparer à être les plus exposés aux dommages causés par le changement climatique. En 2010, près des 2/3 des dommages causés par les catastrophes naturelles (soit $85 milliards), n’étaient pas assurés. Soit parce que la catastrophe se déroulait dans un pays dit « en développement » où le système d’assurance est faible, voire, inexistant; soit parce qu’une partie de la population des pays dits « riches » n’avait pas les moyens de s’assurer. La correction de ces inégalités est possible. C’est une question de choix de société (et non pas de marché…).

$128 milliards de dommages – $43 milliards de biens assurés = $85 milliards… Qui paie la différence? Toutes les pertes économiques ne sont pas couvertes par les assurances. Dans son rapport Sigma 2010, la compagnie d’assurance Swiss Re estimait que les pertes des biens assurés, sur l’ensemble des catastrophes, étaient de $43 milliards alors que les pertes économiques globales se chiffraient à plus de $128 milliards, soit 2/3 de plus! Alors, qui paie la différence? Les individus, les entreprises, les collectivités, les États… mais quand cela leur est possible…

Les populations des pays pauvres, sans système d’assurance

Prenons les inondations survenues au Pakistan en été 2010. Elles ont à peine fait la une des médias et mobilisées les donateurs pour secourir les populations.

Pourtant la Banque Mondiale et la Banque Asiatique de Développement évalue à 9,7 milliards de dollars les dégâts et à 20 millions le nombre des victimes (dont près de 2000 morts). Ban Ki Moon, le Secrétaire Général de l’ONU, dans son discours du 19 août 2010 estime même qu’il s’agit d’un « tsunami au ralenti, dont le pouvoir de destruction se consolidera et s’étendra au fil du temps. Qu’on ne s’y trompe pas : il s’agit d’une catastrophe mondiale et d’un défi mondial. » Autant dire que dans cette région pauvre du Pakistan, peu de personnes avaient les moyens d’assurer leur biens. Et encore eût-il fallu qu’il y ait un marché de l’assurance pour ce type de risque… Et l’État n’est pas suffisamment organisé et/ou riche pour indemniser les victimes. Alors forcément, ce sont encore les pauvres qui sont doublement touchés: ils sont les plus exposés et ils sont les moins couverts pour faire face aux catastrophes. En attendant, ces populations touchées ne peuvent qu’attendre, impuissante, une aide humanitaire contingente, qui pallie, bon an mal an, l’absence de système d’indemnisation.

Habitations dévastées au Pakistan lors des inondations de 2010

Les précaires des pays riches sans assurance climatique

Retour en août 2005, Nouvelle-Orléans, après le passage du cyclone Katrina. Le public découvre l’autre visage des États-Unis: celui d’une population pauvre (et en majorité noire), livrée à elle-même, maisons détruites et sans moyen pour partir vivre ailleurs ou reconstruire leur maison. Cinq ans après le passage de l’ouragan, certains rescapés continuent de vivre dans des caravanes fournies par l ’Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA)… s’ils n’ont pas été expulsés avant comme l’indique un article du Los Angeles Times repris par la Courrier International.

Si ces populations ont été frappées de plein fouet c’est parce qu’elles n’avaient pas les moyens de souscrire une assurance contre les catastrophes naturelles: selon le bureau du gouverneur du Mississippi, le républicain Haley Barbour, 53 % des occupants des caravanes déployées par la FEMA dans son État gagnent moins de 20 000 dollars [14 700 euros] par an…

Un fonds d’indemnisation des catastrophe naturelles: le principe de solidarité nationale en France. La France a mis en place un régime original d’assurance obligatoire aux catastrophes naturelles institué par la loi du 13 juillet 1982. Ce régime est dit « à péril non dénommé » car il n’existe pas de liste exhaustive des périls (ou aléas) qu’il couvre. Pour bénéficier de ce fonds deux conditions doivent être remplies:

  • l’état de catastrophe naturelle doit être reconnu par un arrêté interministériel, qui en délimite le champ géographique et temporelle ainsi que la nature des dommages couverts par la garantie (article L.125-1 du Code des Assurances)
  • seuls les biens sinistrés des particuliers et entreprises couverts par un contrat d’assurance “dommages aux biens” peuvent bénéficier de la garantie catastrophe naturelle (si les sinistre sont directement liés à la catastrophe reconnu par le décret).

Le régime Catastrophes Naturelles (Cat-Nat) repose sur le principe de solidarité nationale, lui même défini par deux composantes:

  1. son caractère obligatoire: tout contrat d’assurance de dommages aux biens comporte obligatoirement la garantie contre les catastrophes naturelles ;
  2. son caractère égalitaire : un taux unique s’applique à l’ensemble des assurés indépendamment de leur exposition géographique aux risques. Ainsi, le fonds Cat-Nat est alimenté par une prime additionnelle (surprime) calculée à partir d’un taux uniforme sur l’assurance de base ( 12 % pour un contrat multirisques habitation/entreprise et 6 % pour un contrat d’assurance d’un véhicule terrestre à moteur) ;

Ainsi, d‘après un rapport du Commissariat Général au Développement Durable de mai 2010, 8,3 Md€ ont été indemnisés de 1995 à 2006, en France métropolitaine, au titre des évènements naturels reconnus comme «catastrophes naturelles».

Mais ce système n’est pas la panacée car il crée un effet pervers appelé « aléa moral », c’est à dire qu’une personne assurée contre un risque ne prend pas de précautions pour empêcher ce risque ou s’en protéger car elle sait qu’elle sera de toute façon remboursée. Le système français tente donc d’introduire une politique de prévention, notamment au niveau des communes, pour que celles-ci prennent en compte le risque de catastrophes naturelles dans leur plan d’aménagement. Et nous retombons là dans le violent débat qui a suivi le passage de la tempête Xynthia, opposant l’État et les collectivités territoriales, les habitants et les assureurs…

Assurance, solidarité et changement climatique, un trio qui doit apprendre à vivre ensemble pour éviter tensions et injustices. Avec l’ampleur toujours plus grande des dégâts dus aux catastrophes naturelles, l’augmentation de leur intensité lié au changement climatique, et les inégalités de revenus entre pays et populations, nous sommes confrontés à une thématique cruciale du « développement durable », trop souvent minorée. Il s’agit pour le secteur de l’assurance de trouver un modèle économique viable qui ne mette pas sur le carreau les personnes les plus exposées aux catastrophes et les plus pauvres. Une intervention de l’État me paraît donc indispensable pour à la fois favoriser un marché de l’assurance tout en veillant à ce que tous les habitants soient inclus dans ce système, par des mécanismes de solidarité. Cela paraît une conclusion évidente. Mais le système d’indemnisation français Cat-Nat reste une exception dans le paysage mondial…


Article initialement publié sur Globule Vert

Photos FlickR CC : PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par IRIN Photos et PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par UNICEF Canada

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La diplomatie européenne égarée (une fois de plus) en territoire libyen http://owni.fr/2011/04/28/la-diplomatie-europeenne-egaree-une-fois-de-plus-en-territoire-libyen/ http://owni.fr/2011/04/28/la-diplomatie-europeenne-egaree-une-fois-de-plus-en-territoire-libyen/#comments Thu, 28 Apr 2011 10:30:00 +0000 Jérôme Larché (Youphil) http://owni.fr/?p=59710 Et si le conflit libyen durait? Telle est notamment la crainte de Gérard Longuet, le Ministre français de la Défense, alors même que la légitimité de Kadhafi est en pleine érosion aux yeux de ses concitoyens comme de l’opinion internationale. Cet enlisement, dû en partie à la précarité organisationnelle des rebelles libyens comme à la volonté guerrière des forces pro-Kadhafi, est en train de se cristalliser dans les combats de guérilla urbaine qui se déroulent actuellement à Misrata. Cette “ville-martyre” a déjà vu le déplacement de plusieurs milliers de personnes, et les victimes des armes à sous-munition sont confirmées par de nombreuses sources médicales.

Dans ce contexte, l’aide humanitaire est difficile de mettre en œuvre. Mais elle s’organise pour fournir une assistance impartiale aux populations civiles victimes du conflit, et vivant dans des conditions précaires.

Le désaccord franco-allemand, faille dans le processus de décision de l’UE

Dans le même temps où naissait une polémique soulevée par le Ministre français des Affaires Etrangères, Alain Juppé, sur le degré réel d’engagement de l’OTAN, l’Europe peine à faire entendre sa voix. Que l’on soit d’accord ou non avec les choix faits, les Nations Unies comme l’OTAN ont pris une décision politique, l’une en votant la résolution 1973, l’autre en joignant ses forces militaires à la coalition franco-britannique.

Le couple franco-allemand, moteur politique de l’Europe des 27 Etats-membres, n’a pu qu’étaler son désaccord lors du vote de la résolution 1973 au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il n’est pas sûr que les 40 millions d’euros débloqués par l’Union Européenne pour aider les populations civiles libyennes suffisent à construire une politique étrangère crédible.

D’autre part, la décision prise le 1er avril dernier de déployer une force militaire afin d’assister l’aide humanitaire, baptisée “EUFOR Libya“, et la pression exercée par les Etats membres de l’UE auprès d’UNOCHA (l’organisme de coordination de l’aide humanitaire des Nations-Unies) pour exiger sa mise en œuvre, ne sont pas de nature à rassurer sur la capacité européenne actuelle à produire une volonté politique collective, susceptible de favoriser la résolution de ce conflit. Comme l’a très récemment et très justement noté VOICE – la plate-forme des ONG européennes basée à Bruxelles -, cette opération militaire ne peut être mise en œuvre qu’à la demande d’UNOCHA et dans le cadre pré-établi du MCDA (guidelines sur l’utilisation des moyens militaires et de protection civile pour épauler les activités humanitaires en situations d’urgences complexes).

Ce cadre, rappelé récemment par Valérie Amos – responsable d’UNOCHA – aux responsables de l’OTAN et du Service d’Action Extérieure de l’UE, stipule que “toutes les alternatives civiles doivent avoir été explorées” avant d’envisager un soutien par des moyens militaires. Ceux-ci doivent “rester sous coordination civile”, et “respecter la nature neutre et basée sur les besoins (impartialité) de l’aide humanitaire”. Selon le traité de Lisbonne, tout comme l’initiative du Good Humanitarian Donorship et le Consensus Humanitaire Européen, l’action humanitaire doit rester neutre et impartiale. Elle ne peut servir d’outil de résolution des crises.

Humanitaire / militaire, la confusion des genres

Au-delà de la situation difficile pour les populations civiles, la position des humanitaires sur le terrain libyen est que, pour l’instant, il n’y a pas besoin du déploiement de cette force européenne, dont le qualificatif antinomique “militaro- humanitaire”, a déjà prouvé sa faiblesse conceptuelle et ses insuffisances opérationnelles sur des terrains comme le Kosovo, la Somalie, ou l’Afghanistan.

La confusion des genres entre action humanitaire et opérations militaires des forces armées internationales brouille l’image des ONG et des agences humanitaires, et peut amener les populations à douter de leur impartialité et de leur indépendance. Les organisations humanitaires sont soucieuses de pouvoir préserver en tout temps et en tous lieux l’accès aux populations civiles vulnérables. Cette confusion, entre les humanitaires et les instruments du pouvoir politique que sont les militaires, peut constituer une menace non seulement en termes d’acceptation par les communautés (l’acceptation étant une pierre angulaire de la sécurité des programmes et des équipes), mais aussi en termes de participation active aux programmes.

Les Etats-membres de l’UE, tout comme sa diplomatie, doivent plutôt faire entendre leur union et leur force politique face aux enjeux complexes de la crise libyenne et à son risque “d’ensauvagement”, plutôt que de se réfugier derrière l’alibi humanitaire pour cacher leur désunion. Reconnue comme un acteur mondial de la solidarité et un modèle politique d’intégration propice à favoriser la paix, l’UE peut aujourd’hui faire fructifier ce capital de crédibilité en séparant clairement ce qui relève du politique et de l’humanitaire.

Une instrumentalisation de l’aide humanitaire, aujourd’hui en Libye, ne masquera en rien le manque de cohésion et de politique étrangère de l’UE. Au contraire, il ne fera que le souligner.

Billet publié initialement sur le site Youphil sous le titre Libye: l’alibi humanitaire cache la désunion de l’UE.

Photo FlickR CC Rock Cohen.

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Humanitaire: comment cibler de nouvelles générations de donateurs? http://owni.fr/2010/10/10/humanitaire-comment-cibler-de-nouvelles-generations-de-donateurs/ http://owni.fr/2010/10/10/humanitaire-comment-cibler-de-nouvelles-generations-de-donateurs/#comments Sun, 10 Oct 2010 08:00:36 +0000 IRIN http://owni.fr/?p=30564

DAKAR, 1 octobre 2010 (IRIN) – Les donateurs âgés sont la poule aux œufs d’or des organisations d’aide humanitaire ou d’aide au développement, selon plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) avec lesquelles IRIN s’est entretenu ; mais de nombreuses ONG, confrontées au vieillissement de leur base de soutien, ciblent de plus en plus les enfants, les jeunes et les jeunes adultes par le biais du réseautage social et des jeux vidéo.

Les donateurs individuels les plus généreux de l’ONG Action contre la faim (ACF) France, ont entre 65 et 70 ans, selon Nicolas Trombert, directeur par intérim des relations avec les donateurs au siège parisien de l’organisation ; les donateurs de la Croix-Rouge britannique appartiennent à une tranche d’âge semblable ; et ceux de Save the Children ont plus de 50 ans, selon Jeremie Bodin, directeur de la collecte de fonds d’urgence au sein de l’ONG.

Les donateurs âgés sont essentiels pour assurer le fonctionnement des organismes, et sont souvent plus sensibles aux réalités humanitaires, a noté James Kliffen, directeur de la collecte de fonds chez Médecins sans frontières (MSF) Royaume-Uni (UK). « Nombre de nos donateurs [britanniques] les plus âgés ont eux-mêmes connu la guerre… Cela demande beaucoup moins d’efforts pour leur expliquer ce que nous faisons », a-t-il dit à IRIN.

Malgré tout, il ne fait aucun doute que les jeunes d’aujourd’hui seront les donateurs de demain. « Nous nous efforçons d’attirer des donateurs plus jeunes – les jeunes professionnels de 25-30 ans – qui travaillent et souvent, n’ont pas encore d’enfants ; et nous aimerions toucher une cible encore plus jeune, pour que, lorsque ces personnes seront prêtes à faire un don, elles pensent à Save the Children », a dit M. Bodin à IRIN.

Avec les enfants, les jeunes et les jeunes adultes, ce n’est pas uniquement une question d’argent, a néanmoins expliqué Joanna Davies, responsable du développement de la base de soutien et des événements de collecte de fonds chez MSF Royaume-Uni.

Ce n’est pas tant une question de collecte de fonds [avec les jeunes], c’est une question de sensibilisation… et bien évidemment, cela évolue ultérieurement en collecte de fonds.

« Nous devons utiliser leurs outils pour communiquer »

Les organisations humanitaires avec lesquelles IRIN s’est entretenu – le Programme alimentaire mondial (PAM), Save the Children, ACF, Oxfam et MSF-UK – ont évoqué des méthodes traditionnelles de ciblage des enfants et des jeunes : les interventions scolaires ; la création d’outils d’apprentissage à l’attention des enseignants ; la formation de « sociétés étudiantes » dans les universités ; la diffusion de messages lors des festivals de musique ; le marketing de rue ; et l’organisation d’événements, entre autres nombreux exemples.

Les événements, divers et variés, vont des spectacles étudiants à d’autres divertissements plus épuisants : la branche britannique d’ACF organise actuellement le défi « twin peaks », qui aura lieu en novembre et dans le cadre duquel des collecteurs de fonds seront parrainés pour grimper en courant jusqu’au 67ème étage de deux édifices londoniens.

À mesure que le cybermonde se développe, tous disent employer des outils de réseautage social tels que Facebook, Twitter et YouTube pour inciter un public plus jeune à s’intéresser aux questions humanitaires. « Nous devons utiliser leurs outils pour communiquer », a dit M. Bodin.

Les jeux en ligne peuvent permettre de toucher des millions de personnes d’un seul coup : la société indienne d’apprentissage en ligne ZMQ a ainsi créé des jeux simples à répercussions sociales pour téléphones mobiles sur différents thèmes tels que le VIH/SIDA et les effets du changement climatique, et les a envoyés à 64 millions de personnes, a expliqué Asi Burak, co-président de l’ONG Games for Change, qui rassemble des philanthropes, des universitaires, des représentants des autorités publiques, de la société civile et de l’industrie du jeu en vue d’explorer la manière dont les jeux numériques peuvent catalyser le changement social.

Dans la peau d’une famille du Darfour

Par le biais de « jeux sérieux », les organisations humanitaires peuvent sensibiliser le public aux questions humanitaires et à la question du développement, renforcer leurs bases de soutien et collecter des fonds, a dit M. Burak, mais ceux-ci fonctionnent mieux lorsque l’objectif est clairement défini dès la phase de conception. Il est également essentiel de définir le public cible dans la tranche d’âge la plus étroite possible, et d’expliquer clairement le contexte, a-t-il ajouté.

Les utilisateurs apprennent par le biais du jeu de rôles et en affrontant les conséquences de leurs actes, a expliqué M. Burak. Dans Dying for Darfur [Mourir pour le Darfour], les utilisateurs choisissent un membre d’une famille darfourie et doivent lui faire effectuer différentes tâches – par exemple, aller chercher de l’eau – sans être tué, ni enlevé par une milice. Ce jeu Flash en ligne a été joué plusieurs millions de fois depuis sa sortie, en 2006.

Capture d'écran de Against all odds : si le joueur, dans la peau d'un manifestant arrêté, ne répond pas "correctement", il se prend un coup sur la tête.

Le PAM, un des premiers innovateurs dans ce domaine, a créé Food Force (le « premier jeu humanitaire », selon certains) en 2005, pour sensibiliser les utilisateurs à la faim, à la sécurité alimentaire mondiale et à ses opérations.

L’organisme travaille aujourd’hui en collaboration avec la société Zynga – créatrice de FarmVille sur Facebook – pour tenter de recueillir des fonds en faveur de ses programmes mondiaux d’alimentation scolaire. Les joueurs – une cible potentielle de 215 millions de personnes, selon le PAM – cliqueront sur l’icône « WeFeedback » pour découvrir combien de repas scolaires du PAM peuvent être achetés au prix de leur plat favori – par exemple, une salade César au poulet – et pourront ensuite choisir de faire un don.

Zynga a déjà aidé le PAM à recueillir 1,5 million de dollars à la suite du séisme en Haïti, en encourageant les joueurs de Fishville, YoVille, FarmVille et Café World à acheter des produits PAM.

« Les jeux ne sont pas un outil adapté à tout, a dit M. Burak. lls ne doivent pas se substituer aux autres médias, mais les compléter… Comme tout, ils sont un excellent outil lorsqu’ils sont utilisés correctement. »

D’aucuns craignent notamment que le jeu ne soit un moyen inadapté de transmettre des messages complexes notamment sur les enlèvements, les conflits ou l’expérience de réfugié, mais selon M. Burak, il peut, au contraire, être plus efficace. Pour illustrer son propos, celui-ci cite Peacemaker [Le Pacificateur], conçu pour sensibiliser les joueurs au conflit israélo-palestinien. « Les joueurs jouent le rôle de leaders, et doivent négocier avec huit groupes différents… Les utilisateurs ont déclaré que cela les avait aidés à saisir la complexité de la situation bien mieux que les événements isolés dont ils entendent parler aux actualités. »

Quelques jeux humanitaires

Against all odds, un jeu conçu pour les enfants de 12 à 15 ans, fait vivre aux joueurs l’expérience des réfugiés en 12 étapes, de la persécution à la demande d’asile

Dans Ayiti: the cost of life, créé par Youth et GameLab, les joueurs doivent faire vivre une famille haïtienne de cinq, veiller à ce qu’elle reste en bonne santé et à ce qu’elle soit instruite

Hurricane Katrina: tempest in Crescent City, suit les péripéties de héros locaux pendant la catastrophe Katrina, afin de dispenser aux joueurs des enseignements relatifs à la préparation aux catastrophes

Dans Third World farmer, les joueurs doivent gérer une petite ferme virtuelle dans un pays en développement

Dans un jeu créé par la Croix-Rouge, les joueurs suivent une simulation de formation et participent à des opérations d’urgence virtuelles sur le terrain

Wildfire, réalisé par By Implication a récemment remporté le concours étudiant international Imagine Cup, sponsorisé par Microsoft, dans la catégorie Conception de jeux. Le jeu s’inspire des efforts de bénévolat déployés par les Philippins à la suite des inondations provoquées par le passage du typhon Ondoy, à Manille, en 2009.

Nicholas Kristof, chroniqueur du New York Times, crée actuellement, en collaboration avec 54 ONG, un jeu en ligne inspiré du succès de son livre Half the Sky [La Moitié du ciel], sur l’oppression de la femme. Ce projet comprendra également une application pour téléphones mobiles, une émission télévisée et un documentaire en ligne.

Billet initialement publié sur le site de l’IRIN. L’Integrated Regional Information Networks est un projet du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies qui délivre des informations et des analyses dans le secteur de l’humanitaire.

Image CC Flickr RedGlow82

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OpenBTS: un réseau mobile open source qui pourrait changer le monde http://owni.fr/2010/09/10/openbts-un-reseau-mobile-open-source-qui-pourrait-changer-le-monde/ http://owni.fr/2010/09/10/openbts-un-reseau-mobile-open-source-qui-pourrait-changer-le-monde/#comments Fri, 10 Sep 2010 06:23:16 +0000 Julie Bort (trad. Sylvain Lapoix) http://owni.fr/?p=27555 Voici une histoire qui a tout pour plaire : un réseau mobile open source et low-cost alimenté par énergie solaire qui révolutionne la couverture des zones défavorisées et hors de portée des antennes. Il utilise la VOIP et fonctionne avec des portables existants. Ses créateurs sont des pointures. Et le meilleur dans tout ça c’est qu’il participe de l’initiative mêlant sexe, drogue et art, connu sous le nom de Burning Man. Par où on commence ?

« Nous donnons au réseau GSM l’apparence d’un point d’accès sans fil, c’est aussi simple que ça », résume Glenn Edens, un des trois fondateurs du projet.

La technologie a débuté par le logiciel open source OpenBTS « dont tout le monde disait qu’il était impossible à faire ». OpenBTS est bâti sur Linux et distribué sous licence AGPLv3. Quand il est utilisé avec un logiciel radio du type Universal Radio Software Peripheral (USRP), il se connecte une interface GSM air (« Um ») à n’importe quel téléphone cellulaire, sans qu’il soit nécessaire d’apporter la moindre modification au portable. Il utilise le logiciel de VoiP open source Asterisk comme PBX pour recevoir les appels, bien que d’autres logiciels puissent être utilisés. (Dans une minute, je vous promet que les statistiques que je vais vous livrer feront exploser l’ingénieur réseau qui est en vous.)

Pour la troisième année consécutive, les créateurs de ce système ont décidé de lui faire passer l’épreuve du feu en offrant un réseau de téléphone mobile gratuit aux 50000 et quelques participants du festival Burning Man, qui débute aujourd’hui à Black Rock City au Nevada. J’ai posté ici quelques photos du dispositif. Mais le projet est encore assez nouveau et quasi confidentiel. Le matériel de deuxième génération est encore en version bêta et la start up porteuse du projet commercial, Range Networks, ne sortira pas de l’ombre avant septembre (à la conférence DEMO).

Deux des trois créateurs de OpenBTS forment le duo de gourou des réseaux sans fil à l’origine du Kestrel Signal Processing : David Burgess et Harvind Samra. Le troisième est  Glenn Edens, le Edens à l’origine du Grid Systems, créateur du premier ordinateur portable au début des années 1980, également connu comme ancien directeur de Sun Microsystem’s Laboratories (entre autres faits d’armes). Il est le PDG de Range Network.

Burning Man est devenu un terrain d’expérimentation torturé mais efficace : « les endroits où des dizaines de milliers de personnes se réunissent, toutes munies de leur téléphone portable, dans un environnement hostile – très chaud, poussiéreux, sans électricité ni couverture téléphonique – ne sont pas légions », remarque Edens.

Les réseaux mobiles fonctionnant sur une bande passante « propriétaire » (licenced), l’équipe d’OpenBTS obtient pour chacune de ses installations aux Etats-Unis une autorisation du FCC [Federal Communication Commission, organisme gestionnaire des fréquences aux Etats-Unis, équivalent de l'Arcep, NdT] et travaille avec le fournisseur local pour coordonner l’usage des fréquences. Quand les participants entrent dans la zone de couverture et mettent en marche le logiciel, le système leur envoie un SMS : « Répondez à ce message avec votre numéro de téléphone et vous pourrez envoyer et recevoir des textos et passer des appels. »

Edens note : « vous pouvez également appeler n’importe quel numéro mais vous ne pouvez pas recevoir de coups de fil, sauf des autres participants du Burning Man. Nous n’avons pour l’instant de contrat de roaming avec aucun opérateur. Les appels entrant de personne en dehors du Burning Man atterrissent donc sur la messagerie vocale… (vous pouvez suivre l’avancée du dispositif sur le blog de Burgess).

Edens explique en souriant que Kestrel reçoit autant de compliments que de plaintes en rendant le téléphone accessible sur le lieu de l’événement. On en gagne et on en perd.

Le potentiel de OpenBTS est de toute évidence énorme. Selon les mots d’Edens, le système est « gros comme une boîte à chaussures » et demande à peine 50 watts de courant « contre quelques dizaines de milliers » et peut donc être alimenté par énergie solaire, éolienne ou par piles. Il fonctionne aussi bien que n’importe quelle base d’antenne GSM d’une portée maximum de 35 kilomètres pour une moyenne de 20 kilomètres, selon la géographie, la hauteur de l’antenne, etc.

Il peut également utiliser des backhaul [connexions entre le réseau principal, ou backbone, et les réseaux locaux de télécommunications, NdT]sans fil. « Nous travaillons avec l’Université de Berkeley sur un projet très intéressant sur les backhaul sans fil à super longue distance », explique Edens. Une station complète, logiciel compris, coûte environ 10 000$. Comparé aux 50 000 à 10 0000$ d’investissement habituellement nécessaires pour un centre de contrôle, des centres de contrôle réseau et « toute une batterie de tuyaux » pour amener l’électricité, les backhaul, etc. sur un réseau sans fil traditionnel.

Comme dans tous les réseaux GSM, le réseau OpenBTS peut se connecter au réseau public et à Internet. Puisqu’il passe par la VoIP, il « donne à tout téléphone portable l’apparence d’une fin de ligne SIP… et chaque téléphone portable est identifié comme une interface IP. Mais nous ne modifions rien au téléphone : n’importe quel téléphone cellulaire est compatible,  du portable trafiqué à 15$ jusqu’au dernier iPhone ou Androïd phone. » Les téléphone low cost sont particulièrement importants pour les projets portant sur des zones déshéritées, où les gens peuvent ainsi bénéficier de meilleurs systèmes de télécommunications.

« Des études de l’ONU et de l’UIT [Union international des télécommunications, NdT] montrent que quand vous amenez un service de communication dans une zone, les soins augmentent, le dynamisme économique augmente », dit Edens, qui note que les coûts et l’électricité nécessaires sont assez faibles pour que même un petit village puisse se le permettre. Les utilisateurs paieraient 2 à 3$ par mois.

Il se vante de la simplicité de mise en place du système. « Après le seïsme en Haïti, nous avons envoyé un de nos systèmes qui fut installé à l’hôpital de Port au Prince. Il fonctionnait une heure après avoir été sorti de la boîte. Le PBX (système d’échange interne de données et de connexion au réseau téléphonique, NdT) était mort. Ils ont utilisé le dispositif comme réseau téléphonique pendant environ deux semaines. »

Kestral a vendu près de 150 unités, logiciel et matériel, depuis janvier dernier, avec des systèmes de test installés en Inde, en Afrique, dans le Pacifique Sud et nombre d’autres pays. L’équipe a également réalisé une poignée d’installations privées sur des champs de pétroles, des fermes et des bateaux au large. Ils assurent également le réseau de la base australienne en Antarctique. De plus, OpenBTS a été téléchargé près de 4000 fois, principalement par des chercheurs capables de fabriquer leurs propres bases. Il a également suscité l’intérêt des communications militaires, des institutions judiciaires et du projet DARPA.

Puisqu’OpenBTS s’appuie sur une bande passante propriétaire, l’équipe ne vise pas les entreprises désireuses d’instaurer des réseaux mobiles privés sur les campus, même s’ils n’écartent pas cette option. Quoiqu’il en soit, Edens dit qu’il reste encore énormément de boulot à faire sur les 60% de la surface terrestre et les 40% de la population mondiale qui n’ont pas de réseau, selon les chiffres de l’UIT. Certains opérateurs, comme Telefonica ou T-Mobile, ont signifier leur plus vif intérêt.

Edens est ouvertement aussi fier de la performance technologique du projet OpenBTS de sa capacité potentiel à sauver le monde. « Beaucoup de personnes disaient que c’était impossible. Mais la technologie des “software-defined radio”s’est bien développé jusqu’ici. Nous testons désormais la deuxième génération de radio et, bien que nous ayons fait 98% du travail de codage à trois, nous avons reçu un soutien conséquent de la communauté du libre. »

Le reste du potentiel, c’est à vous de le libérer.

> Traduction d’un article initialement publié sur Network World par Julie Bort, auteur du blog Source Seeker.

Crédit photo FlickR CC par TenSafeFrogs.

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http://owni.fr/2010/09/10/openbts-un-reseau-mobile-open-source-qui-pourrait-changer-le-monde/feed/ 203
Quand les geeks se penchent sur les crises http://owni.fr/2010/08/18/quand-les-geeks-se-penchent-sur-les-crises/ http://owni.fr/2010/08/18/quand-les-geeks-se-penchent-sur-les-crises/#comments Wed, 18 Aug 2010 10:16:22 +0000 Solène Cordier http://owni.fr/?p=25077

“Tout individu collabore à l’ensemble du cosmos”. Une poignée de geeks a fait sienne cette citation de Friedrich Nietzsche et espère apporter sa pierre à l’édifice humanitaire. En effet, avec l’avènement des nouvelles technologies, citoyens, blogueurs et hackers peuvent maintenant mettre en commun leur créativité.

Cette transformation est révolutionnaire pour le fonctionnement général des sociabilités, mais aussi pour un secteur comme l’humanitaire. Désormais, dès le déclenchement d’une crise, le web participe, à travers les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Wiki) à l’organisation d’une solidarité mondiale. De nouvelles pratiques s’installent, qu’il s’agisse des dons aux ONG via le web ou de la diffusion d’informations.

Lors du séisme d’Haïti, c’est notamment grâce au site de microblogging Twitter que le journaliste haïtien Carel Pédré a maintenu un lien avec les médias du monde entier et les a informés de la situation.

Geeks + cartographes + traducteurs

Un nouveau venu se distingue dans cette masse de solidarités en action: le mouvement des Crisis Camps.

Cartographes, traducteurs ou simples geeks, ses membres partagent le désir de mettre leurs compétences au service des autres en cas de crise. Aux États-Unis, où le mouvement est né en 2009, cela s’est notamment traduit lors de la marée noire dans le Golfe du Mexique par la création d’une application iPhone. “Oil Reporter” permet aux habitants de signaler la présence d’une quantité importante de pétrole, ce qui aide les autorités compétentes pour le nettoyage des zones polluées.

En France, cette communauté est encore balbutiante. “Les Crisis Camps désignent à la fois les réunions organisées en amont et le fait de se mobiliser en cas de catastrophe”, explique Claude Suna, qui a eu connaissance du mouvement américain en tenant un “live-blogging” sur Haïti. Les cartographes d’Openstreetmap et les traducteurs de Global Voices font aussi partie de l’aventure.

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Vidéo présentant le développement rapide des points de reports sur Openstreetmap suite au tremblement de terre en Haïti

L’acte de naissance français remonte au 24 avril, date à laquelle les membres se sont réunis dans un haut lieu parisien de la culture internet: la Cantine. Lors de cette “non conférence” comme l’appellent les participants, les quelques 70 inscrits ont pu échanger sur leur vision du mouvement et sur la manière la plus simple et efficace de se mobiliser lors de la prochaine crise. “On peut imaginer par exemple un Wiki où chacun pourrait être éditeur de contenus”, indique Claude Suna.

De nouveaux partenaires pour les spécialistes de l’urgence

Dernière lubie en date des forcenés de l’ordi? Pas seulement, si on en croit le lieu de réunion de leur premier congrès international: le bureau présidentiel de la Banque Mondiale. Du 15 au 17 juillet, les représentants de chaque entité nationale se sont retrouvés à Washington pour organiser le mouvement Crisis Commons (son nom international). Des universitaires, des représentants d’agences gouvernementales et d’ONG ainsi que des consultants du secteur privé sont venus échanger avec ces nouveaux partenaires. Pourtant, à l’heure actuelle, les Crisis Camps peinent à sortir d’un cercle d’initiés.

“Dans les semaines qui viennent, nous allons voir comment nous coordonner, à la fois entre les différents pays et avec les institutions existantes”, explique Gaël Musquet, le représentant français au congrès. Concrètement, cela pourrait se traduire par la mise en ligne, sur les pages des ONG, d’un lien vers la plateforme Crisis Camp qui agrégerait l’ensemble des informations sur une catastrophe donnée.

“On n’est absolument pas en concurrence avec les acteurs de l’humanitaire”, tient à préciser Gaël Musquet, qui présente l’initiative des Crisis Camps comme “une réaction à la mauvaise utilisation que font les gouvernements des nouvelles technologies”. Lors du séisme survenu à Port-au-Prince, les Crisis Camp américains et canadiens ont ainsi travaillé avec le gouvernement haïtien.

Quant au modèle économique des Crisis Camps, il devrait varier en fonction des législations nationales. Fondations dans le monde anglo-saxon, associations autre part, le choix du statut fait aussi partie des discussions en cours. “Tout dépend des volontaires qui s’engagent dans ce projet”, résume Gaël Musquet. Qui, du témoin qui envoie par SMS à la plateforme Ushahidi une information sur un conflit à l’internaute qui “twittera” une information, pourra être considéré comme un contributeur? Réponse à la prochaine crise.

Article initialement publié sur Youphil

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http://owni.fr/2010/08/18/quand-les-geeks-se-penchent-sur-les-crises/feed/ 35
Humanitaire: les médias sociaux à la rescousse! http://owni.fr/2010/06/16/humanitaire-les-medias-sociaux-a-la-rescousse/ http://owni.fr/2010/06/16/humanitaire-les-medias-sociaux-a-la-rescousse/#comments Wed, 16 Jun 2010 13:44:30 +0000 Sacha Declomesnil http://owni.fr/?p=18959 Plus nous sommes témoins de catastrophes humanitaires et plus il devient flagrant que notre système humanitaire ne fonctionne pas. Aussi longtemps que l’humanitaire sera tributaire de la logique du prime time, il demeurera d’une efficacité douteuse.

Je prends pour exemple Haïti. Hier, 12 juin, cela faisait précisément cinq mois que la terre y avait tremblé. Avez-vous lu un papier sur la question dans les journaux du week-end ? Qui se soucie de cinq mois ? Ça n’est pas un anniversaire ça cinq mois ! Par contre je vous prédis que le mois prochain, lors des six mois, ce qui est beaucoup plus pertinent pour les médias, on en parlera (un peu). Bon, bien sur c’est la coupe du monde de foot, alors tous les regards sont tournés vers le ballon rond et vers l’Afrique du Sud, pas vers Haïti et sa reconstruction. J’imagine aussi que les douze mois, le premier anniversaire de la catastrophe on se posera la question de savoir si l’aide est parvenue à bon port et comment elle fut utilisée.

Qui fait le suivi ?

Ce qui est déplorable dans notre système humanitaire, c’est la logique de l’urgence. Des images chocs dans l’actualité soulèvent la compassion et suscitent le don. Mais qu’en est-il ensuite ? On nous dit qu’il faudra dix ans pour reconstruire Haïti. Alors oui, certes, des dons ont été fait, plus que pour le tsunami même, c’est dire. Mais qui fait le suivi ? Qui nous tiens au courant de l’état de la reconstruction sur une base régulière? Quand je lis comment ont parfois été utilisés les dons du Tsunami (c’était il y a cinq ans, on peut donc avoir un certain recul), ca ne me donne guère envie de redonner lors de la prochaine catastrophe…

Comment se fait-il qu’à l’ère des médias sociaux, mon don ne me permette pas de participer ou du moins de suivre en temps (presque) réel ce qui se passe sur place ?

Nous vivons désormais dans un monde où l’on veut savoir ce qu’il se passe, surtout qu’en tant que donateur je me retrouve participant actif de la reconstruction. Je veux savoir comment mon argent est dépensé, et par qui. J’ai besoin de témoignages. J’ai surtout besoin qu’on me prouve que mon geste a été utile. Et que je devrai poursuivre ma générosité. Il n’appartient pas aux médias d’attirer mon attention tous les six mois sur l’humanitaire. Je dois me sentir impliqué par mon ONG. Pourquoi pas plus de blogues par exemple ? Ça ne serait pas bien difficile à mettre en place. Tous les envoyés sur place sont capables de bloguer. Qui sait utiliser un traitement de texte peut bloguer, pour peu qu’on le lui demande gentiment… Pas besoin de grands moyens.

Les bonnes vieilles recettes qui marchent (ou pas)

Les logiques de notre système humanitaire datent d’il y a plus de cinquante ans. On a guère évolué depuis. Je vois de près les tactiques publicitaires de certaines ONG et fondations. On fait un blitz une ou deux fois par an dans les médias traditionnels, et on arrête, par manque de moyens certes, mais surtout parce que l’argent doit être utilisé pour agir plutôt qu’à communiquer. Bien sur communiquer (pardon on dit “sensibiliser” dans cette industrie) est important, mais combien se donnent la peine de le faire sur le long terme ? Combien d’ONG entretiennent-elles des blogues sur leurs activités. Combien donnent la parole à ceux qui sont aidés ? Bien peu en vérité. Je décèle une certaine volonté d’aller plus loin, mais souvent par manque de moyens ou de connaissances, on se contente de répéter les bonnes vieilles recettes qui marchent (ou pas), parce qu’on sait le faire.

Quand je consulte les sites de mes ONG préférées, je me retrouve trop souvent à la préhistoire du web. Et quand c’est moderne, trop souvent c’est inefficace.

Si vous avez un blogue d’ONG ou de fondation qui fonctionne, merci de me le faire savoir, je ferai un autre billet sur les bons et moins coups dans le secteur… En attendant, pour finir sur une note optimiste (on ne se refait pas), voici ce que fait le CECI pour Haïti : ce n’est pas encore un blogue mais au moins j’ai des infos régulières, et même des témoignages vidéo comme celui ci-dessous. Nous sommes dans la bonne direction.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Billet initialement publié sur La Fontaine de pierre sous le titre “Humanitaire, sortir de la logique d’urgence” ; photo CC Flickr  urmania

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Haïti: l’humanitaire et les médias sociaux http://owni.fr/2010/01/19/haiti-l%e2%80%99humanitaire-et-les-medias-sociaux/ http://owni.fr/2010/01/19/haiti-l%e2%80%99humanitaire-et-les-medias-sociaux/#comments Tue, 19 Jan 2010 09:12:26 +0000 Eric Scherer http://owni.fr/?p=7088 Comme le dit RWW, le tremblement de terre de Port au Prince a fait passer l’humanitaire au numérique !

Exemples :

Véritable QG d’informations sur la catastrophe, le site collaboratif Ushahidi, d’origine africaine, propose une page spéciale agrégeant de multiples fonctions (infos, aides, incidents, dons, cartes géographiques, zones de soins, flux de population…) alimentée par le web et les téléphones mobiles en plusieurs langues. Il travaille avec l’ONU et de nombreuses autres organisations humanitaires et technologiques. Ushahidi explique ici comment il s’organise.

La page Global Disaster Relief sur Facebook avait dimanche près de 100.000 fans, celle sur le seisme, Hearth Quake Haiti plus de 230.000 membres et celle del’aide plus de 108.000.

Google a mis à la disposition son service Geoye d’images satellites, une page pour venir en aide aux victimes, et une autre pour retrouver des gens.

Global Voices agrège aussi des flux d’informations (textes, tweets, photos, témoignages…) en plusieurs langues.

Le site Dipity propose une frise chronologique des informations (y compris des videos) et Wikipedia tente de rester informée des dernières évolutions en offrant une multitude de liens.

Les ONG utilisent d’ailleurs désormais très rapidement les réseaux sociaux comme ici Oxfam avec Youtube, ou l’Unicef avec Twitterl’UNDP avec Flickr, ou la Croix Rouge. Apple a également mis à la disposition son service itunes.

Les médias classiques ne sont pas en reste :

Comme le montre Hitwise, les sites des médias traditionnels ont notamment été à l’origine d’un trafic considérable vers les sites de dons pour les victimes.

Des journaux ou des télés ont créé des listes de flux Twitter sur la catastrophe, comme le Los Angeles TimesNPR, le NYTimes ou CNN, qui a recensé près de 70 flux, et qui propose une page web spéciale, comme le Miami Herald.

Comme souvent, l’équipe d’infographies animées et interactives du New York Times a réalisé des documents de qualité : l’étendue des dégats, une carte avant et après le seïsme, un diaporama.

Le site Big Picture du Boston Globe donne en très haute résolution les photos des grandes agences de presse et des reporters du groupe NYTimes.Le LA Times a produit une application flash expliquant les tremblements de terre.

Preneur d’autres exemples si vous en avez, y compris en Europe.

» Article initialement publié sur AFP Mediawatch

» Illustration issue de l’album Flickr de l’ONU consacré à la catastrophe

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L’imposture humanitaire http://owni.fr/2010/01/15/limposture-humanitaire/ http://owni.fr/2010/01/15/limposture-humanitaire/#comments Fri, 15 Jan 2010 07:21:33 +0000 Agnès Maillard http://owni.fr/?p=6984

Au début, je voulais surtout voyager

Jérémy a la petite vingtaine tranquille et joyeusement ébouriffée des membres de la grande tribu des surfeurs, des glisseurs, des grimpeurs, l’œil aussi limpide qu’un lac pyrénéen à la fonte des glaces et un projet de vie qui se construit pas à pas.

Monument aux morts

Le meilleur du pire

Après le bac, je suis donc parti à Pau pour un BTS en commerce international.

J’arrive à ne pas tiquer, c’est le métier qui rentre, mais il lance ça avec un grand naturel et une tête d’anarchiste convaincu qui ne cadrent vraiment pas avec l’idée que je me fais des petits kikis qui gravitent dans les formations commerciales.

  • Ce qui m’intéresse, au départ, ce sont les relations humaines. Le commerce, pour moi, c’est avant tout des relations humaines. Or, dans les écoles de commerce, ce n’est pas du tout ça qu’on t’apprend : faut pas faire de sentiments, la communication, ça peut être de la manipulation, on nous apprend à appâter le client et à prendre les gens pour des cons, c’est-à-dire comment faire des sous.
  • Et là, pendant deux ans, tu te rends compte que ce n’est pas ton truc.
  • Mais je l’ai fait un peu exprès aussi. Parce que si on veut démonter les choses dans la vie, faut commencer par savoir comment ça marche.

Pendant deux ans, Jérémy enquille les stages. Uniquement dans de grosses multinationales. Premier stage en République Dominicaine, zone franche.

  • Le pire du capitalisme : la délocalisation par l’argent ! Choquant ! L’un des gros fabricants de boots du monde. Ils ont des filiales partout. Et là ils produisaient les snow-boots des mecs du Nord dans une zone franche, créée pour développer le pays. Une zone franche, c’est à dire pas de taxes.
  • Mais s’il n’y a pas de taxe, comment tu développes le pays ?
  • Par les salaires. Enfin, c’est ce qu’ils croient : pas de tunes, pas de salaires, travail dans des conditions de merde, pas de syndicat et voilà ! J’étais content. Parce que j’étais à la source, parce que je voyais vraiment comment c’était.

Mais notre Jérémy ne s’arrête pas en si bon chemin et rempile pour une autre multinationale chère à son cœur de surfeur.

Mon boulot au pôle logistique était de trouver des papiers pour les marchandises, les certificats d’origine, l’équivalent des certificats de naissance pour les humains. Là, ce qui était particulièrement intéressant, c’était de pouvoir comparer les prix d’achat à la production avec les prix de revente : c’est assez fabuleux. Je me disais, assez logiquement : ces gars font du surf, je fais du surf, on devrait s’entendre, quelque chose de cool, quoi, l’esprit du surf. Mais voilà le surf est bouffé par l’argent, la compétition et les gars font ça juste pour le pognon, ce ne sont pas des surfeurs. Le surf, ils s’en foutent. Ils sont là pour faire du pognon et c’est tout.

La fin de l’humanitaire de papa


Et voilà comment Jérémy, après une année de profonde réflexion sur son avenir professionnel manifestement incompatible avec ses aspirations profondes, intègre une licence en solidarité internationale, une formation chapeautée, il nous le donne en mille, par le Ministère de l’Intégration et de l’Immigration. Tout un programme !

L’humanitaire est devenue un milieu très fermé. La motivation ne suffit plus, il faut aussi une bonne formation. Et le candidat type pour intégrer une grosse ONG, il sort de Sciences Po, des grandes écoles. Ma licence professionnelle est donc un tremplin. Elle me permettra d’avoir des contacts dans le milieu, ce qui devrait m’ouvrir des portes. Ça fonctionne pas mal en réseau. Aujourd’hui, l’humanitaire cherche des compétences particulières : logistique, gestion de projets et aussi des profils purement spécialisés, très techniques, directement opérationnels, en assainissement de l’eau, électricité, des profils ingénieurs.


Des écoles à former de bons petits gars avec le cœur sur la main et les pieds solidement ancrés dans le sens des réalités, il y en a quatre en France, trois universitaires et une école privée. Bien sûr, c’est dans l’école privée que sont recrutés prioritairement les nouveaux cadres dynamiques de l’humanitaire français, ce sont ces petits gars qui décrochent prioritairement les meilleures places dans les grosses ONG, celles qui ont de l’argent et donc celles qui peuvent agir.

  • Il faut voir le film Profession humanitaire. C’est assez choquant. C’est justement un film sur la formation Bioforce [L'école privée], ses coulisses, les apprentissages. C’est une formation très chère avec beaucoup de moyens… on leur apprend même à conduire des 4×4, c’est assez fabuleux, c’est le gros cliché humanitaire. Les gars sont dans un mode opérationnel qui fait qu’ils ne se posent pas de questions sur ce qu’ils font et sur l’influence que ça aura sur les bénéficiaires. Jusqu’à présent, l’humanitaire ne se posait pas trop de questions sur ses missions ou les conséquences des actions humanitaires sur l’ensemble de la société et des personnes concernées. L’humanitaire c’est quand même quelque chose d’assez récent, plutôt dans le prolongement de l’époque colonialiste. L’aide d’urgence ne pose pas trop de problème : quand la maison brûle, tout le monde est d’accord pour que les pompiers éteignent le feu. Mais le développement, lui, pose beaucoup de problèmes. Jusqu’à présent, on décidait de ce qui était bon, de ce qui était bien pour les autres. C’est typiquement le droit d’ingérence : on décide d’aller t’aider, même si tu n’es pas d’accord et sans se poser la question de savoir ce que les gens ont réellement besoin. On a les moyens pour faire des trucs et on va l’imposer.
  • Tu dis qu’en fait, l’humanitaire est en train de changer profondément, à travers les petits gars comme toi qui sont formés pour réfléchir ?
  • Oui, parce que la société occidentale elle-même est en train de se remettre en question sur ses choix fondamentaux. Jusqu’à présent, l’humanitaire servait surtout à boucher les trous laissés par le capitalisme mondial.

Les ONG, comme bras armé de pansements du grand cirque capitaliste. Les ONG, comme palliatif politique à l’indigence ou le désengagement des États.

  • Les ONG ont vocation à disparaître, à transférer à l’État leurs missions de développement.
  • Un peu comme les Restos du cœur qui, dès l’origine, palliaient l’insuffisance sociale de l’État et avaient vocation à disparaître et pourtant ne cessent de grossir ?
  • C’est exactement la même chose, le caritatif chez nous ou l’humanitaire ailleurs. Avec la crise, les missions des ONG grossissent de plus en plus avec de moins en moins de moyens. L’autre problème, c’est qu’avec des moyens limités, les ONG font très attention à leur recrutement. Le personnel est coûteux, il faut donc qu’il soit hyper efficace sur le terrain. Et ça, Bioforce sait faire. De l’humanitaire bien traditionnel!
  • Oui, mais est-ce qu’à force de chercher l’efficacité, est-ce que la machine humanitaire ne va perdre de vue son objectif premier ?
  • Les ONG fonctionnent comme une entreprise : une comptabilité à tenir, des comptes à rendre à leurs bailleurs de fonds. Les moyens qui financent l’action humanitaire choisissent donc les actions à mener.

Et les financeurs de l’humanitaire sont loin d’être neutres : l’Europe et sa vision politique, les fondations privées, financées elles-mêmes par les grosses multinationales dans lesquelles Jérémy avait pu apprécier toute la grandeur de l’horreur économique mondialisée.

L’argent, c’est le nerf de la guerre. Les multinationales ne sont là que pour le profit et pour redorer leur image de marque, elles financent l’humanitaire.

Et la boucle est bouclée. Les grosses multinationales se nourrissent et entretiennent la misère des peuples, comme Jérémy l’a découvert lors de sa formation en commerce international. Et ensuite, elles financent les projets humanitaires qui améliorent leur image de marque et font oublier leur rôle dans le merdier général. Et nos petits soldats de l’humanitaire utilisent leurs compétences commerciales pour vendre au grand capital les projets de développement qui favorisent, quelque part, le maintien à faible coût, des inégalités dont il se nourrit.

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