OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Un nuage de protestations http://owni.fr/2012/02/20/le-nuage-de-protestations-qui-vient/ http://owni.fr/2012/02/20/le-nuage-de-protestations-qui-vient/#comments Sun, 19 Feb 2012 23:23:00 +0000 Pierre Leibovici http://owni.fr/?p=98746 Occupy hiberne. Loin de constater un désamour, ses partisans se préparent à mieux ressurgir au printemps. Une hypothèse très crédible pour les chercheurs en sciences sociales, qui s'expliquerait par la notion de cloud protesting. Ou nuage de protestations.]]>

Restructuration. Le terme revient sans cesse. De New York à Paris, en passant par Montréal et Londres, les activistes du mouvement Occupy contactés par OWNI l’assurent : leur détermination n’a pas faibli, mais il est temps de redéfinir les cibles de la contestation.

Lancé il y a cinq mois, le mot d’ordre des “99%” fait sans aucun doute partie d’un certain imaginaire collectif aujourd’hui. Pas de porte-parole, pas de structure, pas de programme politique mais une revendication unique – celle de la lutte contre les inégalités résultant du système capitaliste. Autant de spécificités qui font d’Occupy un mouvement social à part. Un mouvement en apparence uni, “pour le peuple et par le peuple”. Naomi, une activiste d’Occupy the London Stock Exchange - la bourse londonienne -, résume :

Jamais je n’aurais imaginé qu’une idée politique puisse entraîner un tel enthousiasme collectif.

Mais l’unité d’Occupy s’arrête là. Derrière l’enthousiasme et l’espoir, c’est une crise existentielle qui est en train de se vivre chez ses militants. Car, un peu à la manière des Anonymous, la bannière “Occupy” est utilisée pour des motifs variés, parfois trop.

Même si, globalement, l’étiquette “Occupy” accompagne des actions de plus en plus ciblées. En témoigne la dernière campagne lancée sur le site de Occupy Wall Street - le site historique du mouvement – appelant à occuper le siège du géant américain de la téléphonie AT&T, après l’annonce de la suppression de centaines d’emplois.

C’est d’abord sur Facebook et Twitter que la variété du mouvement s’exprime. Des pages aussi farfelues qu’Occupy Bacon (Occupons le bacon) ou Occupy Your Mom (Occupons ta maman) ont ainsi vu le jour et sont parvenues à intéresser des centaines d’internautes. Dans un registre plus sérieux, la marque Occupy a été mise au service de causes écologiques comme le barrage du Belo Monte au Brésil, ou – plus près de chez nous -, avec Occupy Tricastin, du nom du fameux site nucléaire du Sud-Est de la France.

Si cette diversité n’écorne pas nécessairement la réputation du mouvement, elle révèle toutefois à quel point il est simple de revendiquer son appartenance à Occupy à l’heure d’Internet. Une ouverture que Stefania Milan, chercheur au Citizen Lab de l’Université de Toronto, analyse en posant la notion de “cloud-protesting”, c’est-à-dire “nuage de protestations”, comme elle l’a fait le 10 février dernier lors d’une présentation de ses travaux :

Dans l’univers numérique, le nuage désigne un ensemble de services accessibles depuis Internet [par exemple des capacités de stockage, NDLR]. De la même manière, les mobilisations contemporaines comme Occupy peuvent être perçues comme le résultat d’un nuage de protestations, donc un ensemble de pratiques, de narrations, de signes identitaires (…) Ils peuvent être repris et adaptés par n’importe quel individu (…) Les médias sociaux, les plateformes et les diverses applications confèrent à cette réalité un nouveau dynamisme.

Cette démultiplication d’occurrences en lien avec Occupy pourrait indiquer un soutien massif du public à l’égard du mouvement. Mais sur Internet, et plus généralement dans les campements, c’est un public déjà très politisé, souvent issu de réseaux activistes pré-existants, et très à l’aise avec les réseaux sociaux qui s’exprime.

Occupy est donc bel et bien un mouvement sans leader, sans “entrepreneur de mobilisation” comme le disent les sociologues. Les profils sociologiques qui s’y croisent sont pourtant moins hétérogènes qu’il n’y paraît : les plus fidèles membres d’Occupy sont très souvent issus de mouvements politiques préexistants. Et derrière le bazar apparent de l’écosystème Occupy, nombreuses sont les tentatives de recadrage de la contestation, car, comme l’indique Stefania Milan :

Internet est devenu un moteur dans la production de règles pour Occupy.

Méthode

Les internautes qui se nichent derrière les plus célèbres sites Internet du mouvement n’ont jamais établi un corpus de lois contraignantes pour autant. La seule règle qui vaille est celle de “l’échange de bons procédés”.

Ainsi est née la plate-forme HowToOccupy.org et son slogan : “Techniques de base pour un changement mondial”. Comment démarrer une révolution pacifique ? Que faire en cas d’arrestation et d’interrogatoire par la police ?  Comment entretenir un jardin communautaire ? Autant de questions auxquelles des anonymes répondent de manière pédagogique, en s’appuyant sur les exemples des révolutions dans le monde arabe ou des assemblées de rue du printemps dernier en Espagne.

Des conseils techniques très spécialisés ont également vu le jour. On peut par exemple apprendre à sécuriser ses données informatiques pour éviter la cybersurveillance ou encore développer des stratégies pour “filmer une révolution” avec cette vidéo :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Parfois, un seul extrait vidéo peut suffire à alerter le public sur le degré de tyrannie de nos régimes. Qui le filme ? Pas les médias, trop gros et trop lents, mais vous, citoyens, avec votre propre caméra (…) Big Brother, nous te regardons.

Occupy a d’ailleurs très vite compris l’intérêt du visuel. Occupy Design, par exemple,  a vu le jour pour doter la contestation d’un “langage visuel”. Il rassemble une large variété de contributions de designers professionnels ou amateurs, qui vont des visualisations de données sur l’inégale répartition des richesse aux embèmes du mouvement  comme le poing fermé ou le taureau de Wall Street. Dans un registre plus artistique, Occuprint s’est proposé de rassembler des centaines de posters sur la contestation.

Plus largement, c’est le dialogue entre les campements qui est nettement mis en avant sur Internet. Interoccupy, par exemple, se propose d’organiser une conversation téléphonique géante tous les lundis soirs pouvant réunir“plus de 500 personnes”. De son côté, Occupy Together répertorie les centaines d’occupations existantes dans le monde et propose de créer des “actions de solidarité locales près de chez vous”.

Pas de “bureau politique” international des occupations, donc. Mais de multiples efforts d’identification commune, de dialogue, voire de centralisation. Reste que les administrateurs de toutes ces plates-formes le précisent tous : ils ne sont pas les porte-paroles ou les représentants du mouvement. D’ailleurs, les adresses mail destinées aux contacts avec la presse renvoient toujours vers un occupant qui signe en son nom et donc pas au nom du collectif.

Le défi majeur qui se pose désormais devant Occupy est justement d’enfin réunir le collectif. Comme le note Catherine Sauviat, économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales :

Occupy Wall Street a marqué une étape dans l’histoire de la contestation sociale aux États-Unis. Mais il n’a pas encore mordu sur le monde du travail, les syndicats, et les populations noires défavorisées.

Quand on les interroge sur l’avenir du mouvement, les occupants new-yorkais comme parisiens se disent confiants. Pour Mark, d’Occupy Wall Street, “beaucoup de gens cherchent une échappatoire à leur frustration envers ce système injuste, c’est pourquoi on continue à gagner des soutiens de jour en jour”. Nico, qui gère les contacts avec la presse pour Occupy France, ajoute :

Ce n’est même pas une question de confiance, c’est là, c’est tout. Je ne pense pas que le mouvement s’éteigne de lui-même, tant que les problèmes soulevés par Occupy perdureront, l’esprit d’Occupy perdurera. Et puis, il ne faut pas oublier que le sentiment de liberté qu’on ressent dans les occupations est hautement addictif, on continue aussi parce qu’on aime ça.

À l’occasion des cinq mois du mouvement, une vidéo compilant des dizaines de photos des slogans d’Occupy a été publiée sur Facebook. L’un d’entre eux, reprenant les mots d’Alexandre Dubcek, sonne comme un avertissement :

Vous pouvez écraser les fleurs, mais vous n’arrêterez pas le printemps.


Illustrations [CC BY-NC-SA] de Nathan M et de McMillian-Furlow pour OccupyTogether.org

]]>
http://owni.fr/2012/02/20/le-nuage-de-protestations-qui-vient/feed/ 6
Les data en forme http://owni.fr/2011/10/17/data-cartographie-infographie-chinois-congres-opendata-montreal-vin-yahoo/ http://owni.fr/2011/10/17/data-cartographie-infographie-chinois-congres-opendata-montreal-vin-yahoo/#comments Mon, 17 Oct 2011 08:19:59 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=83390 C’est mal, mais nous allons débuter cet article en nous comportant comme d’affreux parisiens. Le premier projet data sur lequel nous attirons votre attention est une cartographie des inégalités de revenus en Ile-de-France, proposée par Jean Abbiateci, sur le désormais indispensable blog d’Elsa Fayner, Et voilà le travail. La carte présente trois indicateurs : le niveau des inégalités des revenus des ménages franciliens, l’évolution de ces mêmes inégalités dans le temps et à titre de comparaison, le revenu fiscal médian. Chaque indicateur est détaillé par commune, avec une visualisation spécifique.

La démarche, expliquée dans l’article accompagnant la cartographie, se distingue par son accessibilité. Jean Abbiateci a ainsi utilisé des données publiques, de l’INSEE – la distribution des revenus fiscaux déclarés par les ménages de 2001 à 2009 -, auxquelles il a appliqué deux indicateurs traditionnels pour mesurer les inégalités : le ratio entre ce que gagnent les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres ; et le coefficient de Gini. Le tout propulsé dans un outil de visualisation gratuit : Google Maps, bien travaillé et manipulé pour rendre le tout compréhensible, détaillé et interactif.

Les inégalités de revenus en Ile-de-France, par Jean Abbiateci

Chinese men

Sur la question des revenus, après les affreux parisiens, intéressons-nous à l’argent des Chinois. De l’argent qu’ils investissent à l’étranger : c’est une question qui, à OWNI, nous avait déjà interpellé, nous en avions fait une application interactive. The Heritage Foundation- le think tank des neocons – l’a étudié de manière plus précise, et au niveau mondial.

Leur carte des investissements globaux de la Chine dans le monde est particulièrement intéressante par le jeu qu’elle permet entre trois types de visualisation : une cartographie en fond, pour observer le total des investissements ; un graphique à droite pour observer les chiffres par année et enfin un graphique à gauche représentant les secteurs les plus investis.

Cartographie des investissement de la Chine, par The Heritage Foundation

Peut-être pourraient-ils également promouvoir plus de représentativité dans les instances américaines. Car, à en croire cette jolie infographie de “GOOD”, c’est loin d’être le cas au Congrès, notamment.

Dans cette infographie, GOOD visualise à gauche ce à quoi ressemble le Congrès actuellement, selon le sexe, la religion, la race, et l’appartenance politique ; et à droite ce à quoi il devrait ressembler pour être réellement représentatif de la nation. Quelques faits marquants : les femmes occupent actuellement à peine 17% des sièges ; les Américains de type caucasiens (Blancs) représentent 85% alors qu’ils ne devraient représenter que 71%.

Les fans de Talking Heads reconnaîtront le clin d’œil du titre “This is not my beautiful house”, pour les autres, séance de rattrapage ici.

La (non-)représentativité du Congrès américain, par GOOD

La minute Open Data

Chaque semaine, Paule d’Atha tombe encore un peu plus amoureuse de Montréal et de sa politique Open Data. Après vous avoir présenté il y a quinze jours l’application permettant d’équilibrer le budget de l’arrondissement du Plateau-Mont Royal, voilà la cartographie des inspections sanitaires des établissements alimentaires montréalais. Vous pouvez y visualiser les dernières amendes distribuées, les établissements ayant cumulé le plus d’infractions (ceux où inviter votre belle-mère), et ceux ayant payé les plus fortes amendes. Cliquez sur l’un d’entre eux pour obtenir la date, le montant et la nature de l’infraction.

On ne saurait trop vous conseiller de descendre tout en bas de l’écran et de cliquer sur la jolie petite fleur blanche sur fond rouge accompagnée de la mention “Données ouvertes Montréal” qui vous explique la politique et l’état des lieux de l’Open Data à Montréal.

Inspections sanitaires des établissements alimentaires montréalais

De la data à table

Si tu ne viens pas à la data, la data viendra à toi. En l’occurrence ici, on parlera plutôt d’infographie, et elle viendra à vous sous la forme d’une bouteille de vin (y a pire) australien (y a mieux).
Between Five Bells, un vin australien, a sorti son cru 2011 dans de jolies bouteilles habillées de diverses infographies sur le processus de fabrication du vin suivant les cépages, l’évolution des températures au cours de la saison écoulée et ses influences sur la vigne, etc. Boire, visualiser, s’instruire, le trio gagnant.

Des bouteilles de vin infographiquement habillées

Travail préparatoire du designer, Nicholas Feltron ©

All your emails are belong to us

Conçue par Yahoo!, sur Yahoo!, pour Yahoo!, cette visualisation en temps réel est largement promotionnelle. Elle permet d’observer le nombre de mails envoyés chaque seconde par ce service de messagerie, ainsi que le nombre de spams bloqués ou encore les termes clés revenant le plus souvent dans les mails (oui, Yahoo! lit donc tous vos mails). Autrement dit, visualiser la puissance de Yahoo!. Mais ils ont préféré le HTML au Flash qui offre un résultat très lisible, méritant quelques lignes dans notre chronique des nouveaux territoires du journalisme de données.

Visualiser la puissance de Yahoo!, par Yahoo!

Faire du neuf avec du vieux

Un projet Flowing Data sur l’espérance de vie pour terminer.

Le set de data est loin d’être nouveau : l’évolution de l’espérance de vie, pour tous les pays du monde, depuis 1960 a été mis en ligne par la Banque mondiale depuis plus d’un an. Des visualisations réussies ont déjà été proposées sur ce sujet, notamment celle de Google. Le design et la technique de ce projet rappelle ceux de Fathom 500. Et pourtant, le rendu est intéressant, la comparaison entre pays et zones facilitée, comme quoi il y a toujours du neuf à créer avec la data.

L'évolution de l'espérance de vie, version Flowing Data


Illustration de l’article : étiquette des bouteilles de vin Between Five Bells, par Nicholas Felton ©


Retrouvez les précédents épisodes des Data en forme !

]]>
http://owni.fr/2011/10/17/data-cartographie-infographie-chinois-congres-opendata-montreal-vin-yahoo/feed/ 12
Course à l’Elysée: l’UMP se déleste des pauvres http://owni.fr/2011/05/16/elections-elysee-2012-ump-deleste-pauvres/ http://owni.fr/2011/05/16/elections-elysee-2012-ump-deleste-pauvres/#comments Mon, 16 May 2011 13:45:34 +0000 Seb Musset http://owni.fr/?p=62811 La séquence de communication “L’assistanat est le cancer de la société” lancée dimanche soir [8 mai 2011, NdE] sur BFM par Laurent Wauquiez aura duré une semaine. Elle introduit un axe de campagne à droite pour 2012. Et dire que l’on m’accusait de caricaturer en 2008 lorsque j’évoquais la possibilité d’un “délit de pauvreté” made in UMP.

Au fond chez les hommes du Monarque, faute de résultats et pour masquer les inégalités de plus en plus criantes, on en revient toujours à désigner un coupable, le plus faible et vulnérable possible. Quand on n’arrive pas à supprimer la pauvreté, on criminalise le pauvre et hop : la conséquence des désordres devient la cause des problèmes. Nous constations le même procédé en août dernier avec les roms et la sécurité, et annoncions les prochains bouc-émissaires marketing.

N’épiloguons pas sur le cas Wauquiez et sa proposition aussi abjecte que débile : conditionner le versement du RSA à une activité non rémunérée de 5 heures par semaine. D’autres s’en chargent : par le démontage des mensonges de l’argumentation, de son impossibilité matérielle ou la violence d’un témoignage.

Déjà le mois dernier, au nom de ”la justice sociale“, un député UMP après sa déculottée aux régionales proposait de conditionner les indemnités des chômeurs de longue durée à un travail gratuit.

Cette course à l’échalote après le pactole fantasmé du “vote populaire” a deux buts majeurs.

1. Evincer le PS

En premier lieu, il s’agit de réussir l’OPA médiatique sur le mot “social” (depuis que la droite a découvert ce vocable à l’exotisme enivrant, elle l’assaisonne à toutes les sauces : justice, droite, téléski, gode ceinture). L’UMP souhaite voler le mot au Parti SOCIAListe  avant cette primaire qui n’en finit pas de ne pas arriver. Il s’agit de discréditer la gauche en court-circuitant la case intelligence pour directement s’adresser aux plus vils instincts en mode comptoir et contre-vérité : “oui l’autre, il a plus que moi qui travaille” (ressentiment se jouant souvent à un détail stupide) et sa variante : “saloperie d’immigrés qui nous coûtent trop cher“. Combo ultime : “bordel de bougnoules aux allocs qui touchent plus que moi (et volent des voitures) !“.

L’opération permet surtout de faire l’impasse sur le fond du problème : la trop faible rémunération des salariés. L’UMP poursuit sa stratégie de course après le FN pour en faire le premier parti d’opposition, espérant reléguer ainsi le PS, comme tous les discours de gauche, dans le camp de l’utopie ou de l’irresponsabilité. Où, comment, au nom de la pérennité du monde des possédants et sous couvert d’un “y’en en a marre du politiquement correct” omniprésent dans les médias, faire de la solidarité un concept plus dégradant que le racisme.

2. Rassurer le MEDEF

Deuxièmement, il s’agit aussi de rassurer patronat et possédants dans cette période de confusion des valeurs.  Les complaintes bourgeoises au sujet de ce petit personnel qui “ne veut plus assez travailler parce qu’il est trop assisté” tapissèrent mon enfance dans ce quartier votant à 83% à droite mais qui aujourd’hui est moins enthousiaste à reconduire le Monarque. Taper sur ”l’assisté”, ça ressoude autour de bonnes vraies valeurs bourgeoises de droite. Dans le même esprit, la semaine passée, le garde des Sceaux, Michel Mercier, souhaitait que l’on “réfléchisse vite à de nouvelles formes de travail” dans les prisons avec création d’une sorte de Pôle Emploi carcéral pour fluidifier la sous-traitance en cellule des call centers. Tarif ultra compétitif pour travailleurs captifs sur le territoire : le rêve ultime du Medef.

La cacophonie gouvernementale engendrée par les propos, réitérés, de celui s’autoproclamant porte-parole des classes moyennes est une pure construction de type Lefebvrienne (version 2008-2009) où quelques ministres décoratifs ont servi de naïfs offusqués. Le ballon-sonde destiné à occuper l’opinion se conclut par un sondage Opinion-way-of-the-president (fort opportun) plébiscitant l’idée de Wauquiez (comme à la belle époque du conflit des retraites où, à en croire le quotidien de Marcel Dassault, 8 français sur 10 soutenaient Eric Woerth).

Et de citer un “indiscret” de L’Express riche de sens :

Si Nicolas Sarkozy n’a finalement pas licencié son ministre à chaud, c’est ”parce que ce qu’a dit Wauquiez sur le fond n’est pas absurde”, précise l’Élysée.

Et hop, le tour est joué. Le voilà le bel axe de campagne, la version négative du TPPGP “travailler plus pour gagner plus” : ”les salauds gagnent plus en ne travaillant pas”. (Cette semaine à la télé : Wauquiez et Le Monarque. Tu tires, je rectifie. Un buddy movie qui fait mouche).

Rentier = assisté

Pourtant, pointer aussi grossièrement du doigt les bénéficiaires de mécanismes de solidarité dans une conjoncture aussi incertaine (la preuve : Dame Lagarde se remet à se vanter d’une croissance à 1% sur un trimestre) où tout conduit l’individu à craindre d’en dépendre prochainement est un calcul risqué à un an des élections. À moins de considérer que le peuple est stupide au point de se faire la guerre à lui-même au lieu de se plaindre de ceux qui l’oppressent concrètement ? Hypothèse semblant être la ligne conseillée par Patrick Buisson à notre Monarque.

Mais, malgré tout, L. Wauquiez souligne un problème majeur : dans notre pays, les revenus ne sont plus avantageusement liés au travail. On gagne bien plus à hériter, à optimiser fiscalement, à acheter et revendre de l’immobilier, à être retraité parfois, qu’à “bosser” (oups, je fais probablement du “populisme”). Comment accuser les bénéficiaires d’un RSA à 43%  du SMIC (660 euros de différence) dans un pays où la rente, constamment chouchoutée, rapporte plus que le travail ? Si ce n’est du cynisme, c’est au moins la preuve d’un manque de connaissance du terrain.

A ce sujet, quitte à donner moi aussi dans les idées simples : pourquoi ne pas imposer un ”service social” aux ministres, conditionnant leur entrée au gouvernement ? Wauquiez, un mois dans la peau d’un mec au RSA, comptant ses pièces dès le 10 du mois, ça aurait de la gueule non ? Un mois sans confortable paye ministérielle, ni voiture de fonction, sans frais de bouche et de transport remboursés ni logement d’aisance… Alors seulement, à prétention reposée, nous discuterions “cancer de l’assistanat” avec ce moralisateur de plateaux télé, pour le moment au paroxysme de la déconnexion dès qu’il glousse de son empathie en papier mâché les mots ”travail”,  ”classe moyenne” ou ”pauvreté” .


Article initialement publié sur le blog Les jours et l’ennui de Seb Musset

Photos flickr PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification lensa13.smugmug.com ; PaternitéPas d'utilisation commerciale incendiarymind Yoann Brieux.

]]>
http://owni.fr/2011/05/16/elections-elysee-2012-ump-deleste-pauvres/feed/ 14
La France des rentiers 2, le retour http://owni.fr/2010/12/14/la-france-des-rentiers-2-le-retour/ http://owni.fr/2010/12/14/la-france-des-rentiers-2-le-retour/#comments Tue, 14 Dec 2010 11:35:30 +0000 Patrick Savidan (Observatoire des inégalités) http://owni.fr/?p=37429 Dans une société où le rapport à l’emploi – à des degrés variables selon les secteurs et les niveaux de qualification – devient plus instable, la question de l’épargne et du patrimoine est déterminante. Dans une étude récente, l’Insee a présenté un tableau des pratiques françaises à cet égard. Instructif, le rapport souligne que les Français jouent la sécurité. Finis les placements risqués ! En période de crise, on joue la carte des biens immobiliers, des livrets, des plans épargne-retraite et de l’assurance-vie. On apprend ainsi notamment qu’un cinquième des ménages détiennent des valeurs mobilières en 2010, contre un quart en 2004 et que le nombre de ménages possédant une assurance-vie ou une assurance décès volontaire est en augmentation : 41,8 % en possèdent au moins une en 2010, contre 35,3 % en 2004. Cette étude, qui montre aussi qu’une part croissante de la population dispose de produits financiers et immobiliers (92 % des ménages pour les premiers et 62 % pour les seconds), ne rend toutefois pas compte des inégalités qui persistent dans ce domaine, ni ne souligne le rôle majeur qu’elles joueront, entre héritages et donations, dans la production d’inégalités plus fortes encore dans les années à venir.

Retour au (dés)équilibre du début du XX e siècle

Les inégalités salariales restent certes préoccupantes : en France par exemple, sans tenir compte des avantages en nature, des primes, des stock options, l’échelle des salaires bruts est en effet déjà de 1 à 10 (1 400 euros environ pour un ouvrier non qualifié et 14 000 euros pour un cadre supérieur dans le secteur financier). Et ces chiffres ne reflètent qu’une partie du problème. Par le jeu des moyennes, ils dissimulent d’abord la très forte augmentation des hauts salaires entre 1996 et 2006 (+ 28% pour les 0.1% salariés les mieux rémunérés, alors que 90 % des salariés, sur la même période, ont dû se contenter d’une augmentation de 6,2%). Ces chiffres surtout ne prennent pas en compte la situation de celles et ceux qui ne perçoivent pas de salaires (ou très irrégulièrement), ou qui ne reçoivent que des fragments de salaire sur fond d’emploi en miettes (de ce point de vue, les femmes subissent, on le sait, des injustices profondes).

Dans des sociétés telles que les nôtres, ces inégalités jouent un rôle important dans la reproduction des inégalités de condition. On aurait tort pour autant d’en rester là. De fait, le travail et son salaire ne sont pas les seuls facteurs de différenciation sociale. Il faudrait encore se rappeler qu’il existe une autre manière de devenir riche : l’héritage, anticipé ou à terme.

Dans les sociétés d’Ancien régime et encore au XIXe siècle, c’est ainsi que l’on devenait riches. Au XXe siècle, la tendance s’est inversée et la baisse des inégalités de patrimoine a effectivement entraîné une baisse des inégalités. Comme les travaux de l’économiste Thomas Piketty l’ont montré pour la France, c’était en grande partie lié à la création de l’impôt sur le revenu et au renforcement de sa progressivité après la Seconde Guerre mondiale. En a résulté le sentiment que le rentier était en voie de disparition et que désormais il appartiendrait à chacun de tracer sa propre route, d’assumer par le travail la responsabilité de sa situation sociale, de se « faire soi-même ». L’heure était à la méritocratie !

Un ressort profond de l’inégalité sociale

Nous savons bien que l’égalité des chances, dans les faits, dissimule mal les déterminants sociaux et culturels de la « réussite » sociale. Mais l’injustice ne s’arrête pas là. L’héritage et la rente n’ont nullement dit leur dernier mot ! On s’y intéresse peu et c’est pourtant à ce niveau aussi que se joueront les inégalités abyssales de demain, c’est au creuset de cette injustice que se forgera la société de rentiers qui renaît sous nos yeux aveuglés. Les chiffres sont éloquents, comme le montre une étude récente menée par Thomas Piketty. La part de l’héritage, par donation ou au décès, représentait environ 20 à 25 % du produit intérieur brut au début du XXe siècle. Dans les années 1920-1930, s’est amorcée une baisse, portant celle-ci dans les 1950 à 5% du PIB. Depuis, cette part de l’héritage s’est réorientée à la hausse, lentement tout d’abord, puis de manière rapide depuis trente ans, atteignant 15 % en 2008, avec un horizon, en 2050, estimé à 20-25 %. Si l’on repart de plus loin dans le temps, l’augmentation est encore plus frappante. Et si l’on prend comme point de référence, non plus le PIB, mais le revenu disponible (voir le graphique ci-dessous), nous constatons que la part de l’héritage est aujourd’hui revenue à 20 % du total, soit le niveau qui caractérisait le fonctionnement du capitalisme au tout début du XXe siècle.

L’affaire est grave, et pourtant rien ne bouge. On s’agite sur la question de l’insertion (importante), on promeut l’égalité hommes-femmes (et il faut le faire), on s’inquiète des discriminations (à juste titre), on veut promouvoir « l’égalité des chances », mais pourquoi cette cécité sur ces ressorts profonds de l’injustice sociale ? Il est en effet crucial que tous les individus d’une société donnée puissent, sur un pied d’égalité, entrer et évoluer sur le marché du travail, mais qu’est-ce que cela changera au fond si la société de ce marché du travail est profondément inégalitaire et injuste ? Comment ne pas prendre conscience que, si rien n’est fait au niveau le plus fondamental, les réussites en matière d’insertion, les progrès dans l’égalité salariale, la disparition des discriminations, la prise en compte des conditions de l’égalité des chances, resteront marginales dans les effets produits. On pourra affirmer qu’il y a une valeur éthique de l’accumulation (comme l’avait montré Max Weber dans son “Ethique protestante et esprit du capitalisme”, voir ci-dessous), qu’il y a aussi sans doute une moralité intrinsèque à l’acte de transmission, mais cela doit-il pour autant suspendre tout jugement critique sur les usages et la répartition de cette accumulation du capital et sur la portée et la destination de la transmission ?

On aura senti, sans qu’il soit nécessaire peut-être de prolonger l’analyse, que l’injustice sociale ici n’est pas une abstraction, ni même un risque. Elle existe, elle s’avance. Faut-il alors que nous restions indifférents au prodigieux décalage qui s’annonce ? Ce type de questions devrait nous encourager à aborder le problème des inégalités au niveau de radicalité qui est le sien. Réduire les inégalités, c’est s’attaquer aussi à cette question de l’héritage.

Patrick Savidan, président de l’Observatoire des inégalités. Auteur notamment de Repenser l’égalité des chances, édition poche, février 2010, édition Hachette Littératures, collection Pluriel, 325 pages. Lire l’avant propos.

L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme
Dans L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme – 1904 pour la première édition -, Max Weber écrivait : “L’idée que l’homme a des devoirs à l’égard des richesses qui lui ont été confiées et auxquelles il se subordonne comme un régisseur obéissant, voire comme une “machine à acquérir”, pèse de tout son poids sur une vie qu’elle glace. Plus grandes seront les possessions, plus lourd, si le sentiment ascétique résiste à l’épreuve, le sentiment de responsabilité à leur égard, [Le devoir] de les conserver intactes pour la gloire de Dieu, et [même, si faire se peut] de les multiplier par un travail sans relâche. Comme tant d’éléments de l’esprit du capitalisme moderne, par certaines de ses racines, l’origine de ce style de vie remonte au Moyen Age. Mais ce n’est que dans l’éthique du protestantisme ascétique qu’il a trouvé son principe moral conséquent. Sa signification pour le développement du capitalisme est évidente. (p.208, édition Plon 1967)”. L’accumulation ne se fait peut-être plus aussi nettement pour la “gloire de Dieu”, mais le pli est pris et justifié, pour d’autres usages, comportant un fort degré de légitimité aussi : “transmettre aux siens”…

Article publié initialement sur le site de l’Observatoire des inégalités sous le titre Les rentiers : chronique d’un retour amorcé.

Photo FlickR CC : The Library of Virginia ; State Library of New South Wales collection.

]]>
http://owni.fr/2010/12/14/la-france-des-rentiers-2-le-retour/feed/ 3
L’Internet comme miroir des exclusions http://owni.fr/2010/02/11/l%e2%80%99internet-comme-miroir-des-exclusions/ http://owni.fr/2010/02/11/l%e2%80%99internet-comme-miroir-des-exclusions/#comments Thu, 11 Feb 2010 10:38:21 +0000 Yann Leroux http://owni.fr/?p=7964 http://www.lessignets.com/signetsdiane/calendrier/images/juin/17/statue_liberte15.jpgL’Internet est souvent présenté comme un facteur de démocratisation. Le réseau participerait au bon mélange des masses, en mettant en contact des personnes d’horizons et d’intérêts différents. Le professeur et le maçon, l’adolescent et vieillard, le noir et le blanc trouveraient ici un espace ou ces différences ne compterait plus. Ce qui compterait, ce serait les compétence : la capacité à produire un beau texte, celle d’être présent et d’animer un lieu en ligne, ou encore des compétences à jouer remplacerait. En un mot, Internet serait une merveilleuse méritocratie.

Danah boyd remet tout cela en cause lors d’une conférence au Personal Democracy Forum. “The Not-So-Hidden Politic of Class Online” Elle part de l’histoire de MySpace et de Facebook et montre que la façon dont les populations américaines s’y répartissent tient à des mécanismes d’exclusion sociale.

MySpace a été un des premiers site de réseau social1 et le transfert d’une partie de sa population vers Facebook tient pour une part à l’attrait de la nouveauté. Mais Facebook s’est développé d’une façon particulière. Le site était d’abord réservé aux étudiants de Harvard, puis s’est ouvert aux universités de la Ivy LeagueW c’est-à-dire aux universités les plus prestigieuses. Lorsque l’inscription a été ouverte au grand public, le travail effectué par les premiers membres a fait le reste. Dans une communauté, les premiers membres sont très importants, car ils donnent la tonalité de l’ensemble. Les groupes se construisent, au moins a leurs commencement, sur une base communautaire : les nouveaux membres ressemblent aux membres plus anciens.

C’est cette homophilie qui a fait de MySpace et de Facebook des espaces sociaux si différents. Le peuplement de départ de Facebook est celui des universités et des grandes écoles c’est à dire des personnes qui pour la plupart sont issues de milieux aisés et instruits. Il s’est fait ensuite a partir des proches de ces étudiants.  Ce peuplement de base a servit d’amorce à la migration des utilisateurs de MySpace vers Facebook. Tous ceux qui se sentaient proches de la population d’origine de Facebook n’ont pas hésité à migrer. Les autres sont restés sur MySpace. Le phénomène est le même que celui qui a vidé les grandes villes des bourgeois et des classes moyennes. MySpace a subit des effets d’ostracisation, tout comme les quartiers de banlieue peuvent être ostracités : on a en fait un lieu peu recommandable, et les médias ont diffusé des histoires de prédateurs sexuels, contribuant ainsi à créer une panique morale qui a encore accentué l’ostracisation.

Au final, on a deux espaces, MySpace et Facebook qui s’ignorent totalement l’un l’autre. La technique aggrave ici les dynamiques sociales puisqu’il n’est pas possible à partir d’un des sites de communiquer avec le réseau de l’autre site.

Danah boyd en tire des conclusions importantes :

1. L’internet est un reflet de nos sociétés et il ne faut pas attendre des médias sociaux qu’ils résolvent magiquement les inégalités de nos sociétés.

2. L’internet n’est pas le lieu de l’universel. C’est un espace public, c’est à dire qu’il appartient aux classes dominantes, c’est à dire aux blancs instruits et aisés.

3. Pour ceux dont le travail est d’être en lien avec le public, être sur un réseau social, c’est indiquer quelle est la population à laquelle on s’intéresse et donc celle à laquelle on ne s’intéresse pas.

4. Internet est une nouvelle arène politique, mais tous ne sont pas également armés. Si nous n’y prenons garde, si nous ne nous donnons pas la peine de donner a tous un accès et une littératie au réseau, nous risquons de produire de nouvelles inégalités qui vont s’ajouter aux anciennes.

» Article initialement publié sur Psy et Geek

» Illustration de page d’accueil par Dunechaser sur Flickr

]]>
http://owni.fr/2010/02/11/l%e2%80%99internet-comme-miroir-des-exclusions/feed/ 1